Médias et Migrations : 30 journalistes tchadiens réunis pour changer le discours migratoire ; Près de 600 journalistes en Afrique de l’Ouest et du Centre depuis 2018

Published Date: 
Tue, 07/16/2019 - 00:15
Country: 
Chad

N’Djamena – Les 11 et 12 juillet, 30 journalistes tchadiens se sont réunis pour la première fois lors d’un atelier sur les migrations organisé à N’Djamena, la capitale du Tchad, par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans un pays où les dynamiques migratoires sont complexes et où cohabitent diverses catégories de migrants – personnes déplacées internes, réfugiés, Tchadiens de retour et migrants de pays tiers- des journalistes nationaux, par le biais de la Maison des médias tchadienne qui est partenaire de l’OIM, ont exprimé le besoin d’un atelier qui offrirait aux participants les outils terminologiques et légaux nécessaires afin de couvrir les migrations d’une manière informée et de savoir distinguer les diverses catégories et vulnérabilités.

Les participants ont également pu interviewer des réfugiés soudanais et centrafricains en attente de réinstallation dans des pays tels que la France et ont été formés aux techniques d’entretien de personnes vulnérables telles que les victimes de traite.

« On a tellement dramatisé le mot ‘migration’ dans les médias, que je me sentais très petit quand on m’en parlait. Pour moi, c’était l’Africain aux cheveux crépus, affamé et assoiffé, puis vendu comme esclave. Alors que même au Tchad, depuis notre existence comme Etat souverain, même notre gouvernement est composé de migrants ! » confie Moukhtar Ben Ali, l’un des participants à la formation et blogueur Tchadien.

« Pourquoi s’acharne-t-on à parler de la migration irrégulière, alors qu’elle ne représente que 10% des flux dans le monde ? et pourquoi ne dépeint-on la ‘migration’ que comme étant africaine, alors que l’Afrique est le quatrième continent à ‘fournir’ des migrants internationaux ? Ça n’est pas juste », conclut-il.

« L’idée est de réveiller les consciences et de se poser des questions simples : en demandant aux participants qui de leurs parents étaient nés au Tchad, ou qui avaient étudié à l’étranger, les journalistes se rendent compte que parler de la migration ce n’est pas uniquement parler des morts en Méditerranée, » dit Anne Kathrin Schaefer, la Chef de mission de l’OIM au Tchad.

Le photographe tchadien Abdoulaye Barry a également participé à la formation afin de sensibiliser les participants au poids des images véhiculées dans les médias et à l’importance de renforcer le photojournalisme dans le pays : « On doit aller au-delà de la simple production d’images de la migration. Il faut donner une âme à ce phénomène, et c’est en ça que la photographie est magique, » a-t-il dit.

L’OIM au Tchad s’apprête également à lancer la campagne « Beyond the Headlines » (« Au-delà des grands titres ») dont le but est de former de jeunes diplômés en photographie et journalisme afin qu’ils puissent couvrir le phénomène migratoire au Tchad de manière différente.

En effet, alors que la migration continue d’être un sujet fréquemment couvert dans les médias, abordée notamment sous le prisme des décès en Méditerranée ou dans le désert, la diversité de la migration est rarement reflétée dans les articles. « Beyond the Headlines » est une initiative qui donne aux migrants de tous les horizons présents au Tchad la possibilité de raconter leur histoire afin d’apporter un visage humain à la complexité du phénomène.

En offrant une vision plus large de la migration, le projet apportera une vision multidimensionnelle de la migration au Tchad.

Dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, au mois de juillet seulement, l’OIM a également organisé des ateliers de formation pour journalistes à Banjul, en Gambie (les 4 et 5 juillet) qui a réuni 25 journalistes du pays dont deux anciens bénéficiaires du programme d’assistance au retour volontaire ainsi qu’à Yaoundé, au Cameroun pour 20 journalistes de la capitale (les 3 et 4 juillet.)

« Un examen approfondi de l’actualité gambienne a révélé de nombreuses lacunes dans les reportages sur la migration et les problèmes connexes liés à l'utilisation de la terminologie et aux questions éthiques. La formation était la première étape pour améliorer ces lacunes et donner aux journalistes les moyens de rendre compte davantage de la migration dans un contexte plus régional, » a confié Lamin Jahateh, responsable de l’Union de la Presse Gambienne.

« Loin d’être une simple opération de marketing, la formation va nous permettre, nous journalistes au Cameroun, de produire des papiers d’angle », dit Emmanuel Jules NTAP de Voice of America, participant également à la formation.

Depuis 2018, près de 600 journalistes ont pu assister aux ateliers dont 51 journalistes et 44 étudiants en journalisme pour la Gambie seulement. Ces ateliers ont été financés par l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants. 

Pour plus d’informations, veuillez contacter Florence Kim au Bureau régional de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre ; Tel : +22178 620 62 13 ; Email : fkim@iom.int