Bénin - Dans une commune frontalière avec le Nigeria, à 522km au nord du Bénin, Worou Tanko exerce sa passion pour le métier de journalisme en animant des émissions radio. Femme engagée pour sa communauté et mère de 4 enfants, elle partage son temps entre sa vie de famille et son métier de journaliste à Nikki, une localité en proie à l’insécurité grandissante en lien avec le débordement de la crise sécuritaire du sahel central et menaçant les pays côtiers. Worou anime ses émissions en langue locale afin de toucher la majorité des auditeurs qui ne sont pas scolarisés dans cette localité.  

Casques sur les oreilles et les yeux fixés sur son sujet du jour, elle est convaincue que la sensibilisation des communautés est un moyen efficace pour lutter contre l’insécurité. “Je suis animatrice en langue nationale Fulfuldé à la radio Su Tii Déra FM de Nikki.  Et la radio demeure un canal accessible par tous et pour tous pour informer, s’informer et interagir entre nos communautés”. Déclare Worou. 

Originaire de la commune de N’dali et consciente des difficultés que vivent les communautés éloignées de la capitale, Worou a choisi d’y exercer son métier pour sensibiliser et informer la population. Les conditions modestes des communautés aux frontières ont fait de la radio un outil essentiel et abordable pour sensibiliser le grand public et faire passer des messages.  

Avant de s’installer dans un studio radio, Worou a d'abord exercé le métier de maîtresse alphabétiseur puis superviseur d’alphabétisation de N’Dali et de Kalalé. Ce parcours fait d’elle une jeune femme battante qui a toujours été proche des siens et reste motivée à changer les perceptions et les comportements dans sa localité.  

Elle ajoute “Il faut bien plus à notre communauté en termes de sensibilisation pour réussir un changement de comportement sur tous les plans.” “Nos communautés sont en proie à l’insécurité et elles méritent d’être sensibilisées. Afin d’impacter ces communautés, le choix stratégique de ma communication de sensibilisation porte tout son sens dans la langue locale « Fulfuldé » dû au manque d’éducation scolaire pour la plupart des membres de cette communauté” dit-elle.  

Cependant, la recherche de l’information dans les zones frontières reste un handicap majeur pour les journalistes, et parfois les informations fournies peuvent ne pas être exactes parce qu’elles n’ont pas été actualisées à temps. 

La multiplication des actes de violence dans ces localités en fait des zones à risque, et parfois on enregistre des violences communautaires. Selon Worou, le manque de sensibilisation et de dialogue inter communautaire et au sein d’une même communauté fragilise la cohésion sociale et la paix des individus et les femmes sont plus impactées.

Elle précise que les activités champêtres et génératrices de revenus ont pris un coup du fait de l’insécurité grandissante, en racontant la triste expérience d’une commerçante de produits vivriers : “En effet, le témoignage d’une commerçante de produits vivriers qui de retour de ses activités a fait la rencontre d’individus armés non identifiés. Après avoir subi des violences, elle a eu la vie sauve et emmenée d’urgence à l’hôpital”. Nous confi Worou. 

Worou Tanko lors d'une activité de sensibilisation avec les femmes de la commune de Nikki

Auparavant Worou communiquait dans ses émissions radios pour informer et était convaincue que lorsqu'une information est vraie, il faut la publier. Elle donnait l’information sur la base de l’exactitude.  

Avec l’appui de l’Organisation internationale pour la migration (OIM) dans le cadre du Programme « Engagement des Communautés Frontalières dans la Sécurité et la Gestion des Frontières : du Sénégal au Bénin », Worou a reçu une formation pour sensibiliser et communiquer de manière plus efficace. “J’ai appris que toute vérité n’est pas bonne à dire et j’ai appris aussi qu'avant de donner une information il faut vérifier la source, il ne faut pas publier une information qui peut être moralement sensible pour la communauté” précise-t-elle. Avec 85 autres femmes des localités frontalières exerçant le même métier, elle a appris à utiliser les bonnes techniques et les bonnes expressions dans la communication.  

Convaincue du choix porté sur les femmes pour faire la promotion de la paix et la sécurité, elle utilise désormais ses émissions pour sensibiliser la communauté sur la prévention de l'extrémisme violent, la cohésion sociale, le processus de discussion et d'instauration de la confiance entre les communautés et les autorités, le dialogue communautaire et l’engagement communautaire. 

Aujourd'hui, elle confirme que petit à petit les communautés de Nikki commencent à prendre conscience des enjeux de l’insécurité et soutiennent les efforts des autorités locales et aussi celles en charge de la sécurité, surtout avec la police communautaire.   

“Cette formation m’a permis de savoir comment aborder les questions sécuritaires, comment communiquer en période de crise, quelle doit être l’attitude de la femme communicatrice en période de crise”. 

Un groupe de femmes participe à une activité de sensibilisation grand public organisée par Worou Tanko et ses collègues de la radio Nikki

Worou encourage toutes les femmes qui veulent embrasser le métier de journaliste à s’engager, et à se donner corps et âme tout en faisant preuve de professionnalisme. Elle soutient que le journalisme est passionnant et demande beaucoup d’exigences. 

Cet atelier de sensibilisation des femmes des médias a été initié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), avec l’appui du Département d’Etat américain, dans le cadre du Programme qui cible le Sénégal et le Bénin « Engagement des Communautés Frontalières dans la Sécurité et la Gestion des Frontières : du Sénégal au Bénin » dont le focus est « la promotion de bonnes pratiques dans toute la région en matière de police de proximité (Engagement communautaire), en renforçant les relations entre les institutions et la population et en encourageant l’engagement des communautés.». 

 

Cette histoire a été rédigée par Moustapha Kalil Ouattara, Consultant en Communication au Bureau régional de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, kouattara@iom.int  

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